La Portée Des Projets Urbains Récents Pour La ... - Dspace CREAD

Copy and paste this link to your website, so they can see this document directly without any plugins.



Keywords

dans, pour, ville, projets, Annaba, cahiers, n°102-2012, CREAD, cette, urbaine, sont, d’une, urbain, dynamique, croissance, d’Annaba, plus, dont, avec, complexe, villes, celle, processus, Pôle, industriel, deux, celui, port, développement, démographique

Transcript

Les cahiers du CREAD n°102-2012
29
LA PORTEE DES PROJETS URBAINS RECENTS POUR
LA GRANDE VILLE ALGERIENNE
UNE LECTURE A PARTIR D’ANNABA
Sassia SPIGA

Djamel-Eddine GUESSOUM

Résumé:
Implanter des projets structurants dans la ville existante, de
nouveaux pôles de croissance qui en sont de plus en plus éloignés,
sont les marqueurs d’une action publique qui se redéploie en faveur
des plus grandes villes algériennes. Les programmes que ces projets
apportent, répondent à l’ambition implicite de confirmer certaines
dans leur rayonnement, de visibiliser d’autres à l’échelle méditerranéenne. C’est dans cette logique que s’inscrit l’action politique pour le
développement d’Annaba. De proche en proche, cette ville change
d’échelle, son périmètre de croissance s’élargit aux communes limitrophes où se consolident de «nouvelles périphéries», aux autres communes de sa wilaya ciblées pour de nouveaux projets d’urbanisation.
Annaba semble ainsi à la charnière d’une nouvelle phase de croissance où s’amorce, à une échelle infrarégionale, la construction d’une
aire métropolitaine qui la distingue de Constantine, tournée, à présent,
vers la ville existante. Se pose alors la question de la portée des nouveaux projets pour le devenir de la capitale industrielle de l’Est algérien, voulu métropolitain.
La grille de lecture construite, en croisant dynamique urbaine et
nature des projets consentis, montre la nécessité de revoir à la baisse
les ambitions de porter cette ville au rang des villes internationales.
Initialement dotée des mêmes atouts que les villes portuaires de la rive
nord de la Méditerranée, Annaba, victime du gigantisme du projet
industriel, a ployé sous l’effet d’un processus d’évolution qui l’a tiré
vers le bas.
 Professeure de l’enseignement supérieur en Urbanisme et Aménagement,
Département d’Aménagement du Territoire, Faculté des Sciences de la Terre
Université Badji Mokhtar- Annaba – UBMA.
 Maître de Conférences au Département d’Aménagement du Territoire, Faculté des
Sciences de la Terre Université Badji Mokhtar- Annaba – UBMA.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
30
Si sa métropolisation apparaît comme le défi du long terme, mobilisé, le potentiel de lisibilité qu’elle recèle pourrait la consolider dans
le statut de ville intermédiaire aux échelles nationale et méditerranéenne. Un statut qu’elle pourrait acquérir à partir d’une triangulation
d’actions stratégiques pour consolider la connectivité, créer une synergie entre PME/PMI et tourisme, donner une cohérence à la structure
urbaine.
Mots clés : Système urbain, Urbanisation, Industrialisation,
Projet urbain, Politique publique.
Classification JEL : O18, P25, O14, J18.
Introduction
Depuis plus d’une décennie l’action urbaine en Algérie est redéployée en faveur des plus grandes villes. Infrastructures de transport et de
commutation et équipements structurants, sont les « projets urbains»
destinés à en faire des milieux capables d’attirer les investissements
économiques.
Ce mode de faire, s’appuie sur les instruments du SNAT 2025 et
véhicule l’ambition de métropolisation
3
. Face à cette nouvelle donne,
on est en droit de se demander si cette vision de vouloir agir par les
projets peut conduire à «la ville compétitive et attractive». Dit autrement, ces projets ont-ils la capacité de déclencher les mécanismes qui,
ailleurs, conduisent les villes à se métropoliser?
Apporter des éléments de réponses à cette question, exige d’inscrire les investigations dans le champ de la dynamique urbaine car la
démarche logique voudrait que l’on identifie d’abord les mécanismes
à l’origine des transformations de la ville pour considérer, ensuite, ce
que peuvent lui apporter les stratégies d’actions par les projets dont
elle bénéficie, même si le choix d’outils d’analyse adéquats n’est pas
évident.
3 Le SNAT 2025 indique cinq lignes directrices. La ligne directrice 3 prévoit la
création des conditions de l’attractivité et de la compétitivité des territoires à travers
des Programmes d’Action Territoriale (PAT) : modernisation et maillage des
infrastructures des travaux publics, de transport, de logistique et de communication
– métropolisation- pôles de compétitivité et d’excellence «POC» - régions
Programmes, etc.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
31
Si des référents conceptuels et méthodologiques ont été construits
pour booster la métropolisation de la ville occidentale (Sanders L.,
1993) tel n’est pas le cas pour nos villes. Bien que des courants de
pensée aient révélé les spécificités de la dynamique urbaine des pays
ex colonisés
4
, ils n’ont pas été suivis de modèles opératoires
5
.
Face à cela, dans les pratiques d’aménagement, s’opère un retour
aux référents de la ville occidentale qui sert « d’étalon implicite »,
pourtant, largement contesté. Cependant, la mise en garde contre le
transfert « des références conceptuelles décontextualisées du milieu
d’accueil » (Moussi M, 2010), ne doit pas faire perdre de vue que,
dans les actions urbaines sur la ville algérienne, d’hier et d’aujourd’hui, on retrouve les artefacts des modèles d’aménagement qui
ont présidé à la dynamique urbaine de la ville occidentale. A Annaba
s’y ajoutent ceux de la ville socialiste. Aussi, plutôt que de se mettre
dans la posture de dénis de ces modèles transférés, il nous semble pertinent de rechercher les points de leur dysfonctionnement afin de se
saisir de la complexité urbaine locale, d’autant que l’approche répandue pour investir la grande ville algérienne des caractéristiques de la
métropole, est celle qui procède par analogie avec le modèle dominant
6
.
Annaba se prête particulièrement à cet exercice. Lui ayant assignée
la fonction de répondre à l’économie coloniale, le principe d’aménagement fondé sur la forge et le chemin de fer, qui, en France, a
accompagné la révolution industrielle, a configuré la ville de cette
époque. Au cours de la période postcoloniale, où l’on est resté attachée à l’industrie lourde, fut expérimenté le modèle urbano-industriel
donnant le sentiment, dans certains milieux, qu’elle est plus qu’une
métropole régionale et la légitimité de la propulser vers le stade de
métropole internationale.
4 Parmi lesquels :celui qui relève un double processus, officiel et parallèle dans la
croissance de la ville et prône la nécessité du fusionnement pour lui donner un futur
métropolitain, celui qui rattache la dynamique urbaine à l’action de l’état (Chaline
C., 1983), ou encore celui de la thèse de l’héritage urbain colonial comme potentiel
mobilisable dans le processus de métropolisation (Troin J.F., 2001).
5 Toutefois ces propos sont à relativiser ; ils s’appuient sur une littérature de langues
latines seulement.
6 La référence est faite au rapport méthodologique établi dans le cadre de la
préparation des SDAAM de Constantine et d’Annaba par URBACO - EDR.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
32
Quelle a été l’envergure des actions d’aménagement issues de
modèles exogènes qui se sont empilés dans cette ville où l’action étatique d’aménagement, non perturbée par les initiatives d’urbanisation
informelle, s’est exprimée librement
7
? Les nouveaux projets urbains
dont elle bénéficie peuvent-ils être le vecteur de l’attractivité attendue?
Dans l’approche de la dynamique urbaine que nous avons annoncé,
deux modèles d’analyse, celui du cycle d’urbanisation et le modèle
économico fonctionnel nous ont servi pour signifier le rapport de cette
ville aux nouveaux projets et suggérer quelques pistes de réflexion
pour qu’ils soient porteurs.
I. Une dynamique urbaine à l’épreuve de l’urbanisation
«erratique»
Dans le cycle urbanisation qui a permis de définir le modèle
d’évolution de la grande ville vers la métropole, sont identifiés quatre
stades à partir du critère démographique : l’urbanisation où la croissance spatiale de la ville se fait en continuité avec le tissu existant, la
suburbanisation, où la croissance se réalise par bonds sur des sites
appartenant à la campagne immédiate (la proche banlieue). Il est généralement admis que ce stade indique le début du processus de métropolisation qui s’engage véritablement avec la périurbanisation. Celleci s’exprime par le report de croissance sur la campagne lointaine. La
ré-urbanisation qui marque le retour de la population périurbaine vers
la ville centre est un stade que peu de villes ont atteint. Ce modèle utilisé, notamment en Italie, nous a permis de définir le mode d’urbanisation qui caractérise Annaba et de déconstruire le mythe de la croissance accélérée.
1. Le système urbain d’Annaba
Le cycle d’urbanisation est appréhendé en utilisant les résultats du
Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH). La population urbaine de référence est celle du premier recensement post
colonial effectué en 1966. Ce choix n’est pas seulement une commodité technique qui permet d’observer l’évolution démographique à travers des statistiques homogènes, issues des quatre RGPH de ces 50
7 Cela tient du fait que le foncier est détenu par le domaine public (Spiga S. 2004),
par ailleurs le phénomène d’habitat précaire les brarek spécifique à la ville
d’Annaba était autorisé par les instances communales (Salhi F., 2005).
Les cahiers du CREAD n°102-2012
33
dernières années. Ce recensement arrive après une situation de rupture
avec la phase d’évolution démographique de la période coloniale où
deux tiers de la population étaient européens. C’est en quelque sorte
une remise à zéro du compteur puisqu’il vient après que la ville ait reconstituée sa population. Sa pertinence tient aussi au fait qu’il vient
juste avant la réalisation du complexe sidérurgique, à l’origine d’une
autre dynamique démographique enclenchée par un appel massif à la
main d’œuvre régionale.
La croissance démographique en soi n’est pas l’objet de l’analyse,
l’intérêt est ici porté aux modalités de sa répartition dans un espace de
référence qui est celui du système urbain de la ville, un ensemble à
trois composantes (fig.1) : Annaba, la ville-centre une première extension qui en est détachée, que l’on pourrait assimiler à l’aire de suburbanisation est étalée sur une dizaine de km dans les directions sud et
sud-ouest et commandée par la RN21 et la RN44. Elle comprend, le
complexe sidérurgique, les zones industrielles, les campus de l’université et les petites agglomérations des communes limitrophes. Audelà de cette première extension, à plus de 20 km d’Annaba de petites
agglomérations ont accueilli, les délocalisations d’entreprises industrielles (commune de Berrahal) et les programmes de relogement
(commune d’O. Laneb).
Cette deuxième aire d’extension s’affirme à présent avec la réalisation en cours du pôle urbain de Draa Rich. Ces deux aires d’extension, l’une à l’échelle intercommunale, l’autre à l’échelle de la wilaya sont aujourd’hui les deux ensembles de territoires sur lesquels se
reportent les programmes de croissance de la ville. Par commodité
nous avons utilisé le terme de couronne pour les désigner.
Les profils de croissance démographique du système urbain
d’Annaba mettent en présence d’une dynamique peu significative
(fig.2 a).
Les cahiers du CREAD n°102-2012
34
La croissance de la ville centre connait une légère accélération entre 1966 et 1977, elle se stabilise durant les autres décennies et cède le
pas à la croissance des petites agglomérations alentour, annonçant un
premier processus de suburbanisation. Celui-ci s’essouffle à son tour,
relayée à partir de 1998 par la deuxième aire d’extension au sein de la
wilaya mais, très rapidement, le système urbain amorce une décroissance, bien que légère. En comparaison avec le profil théorique de
croissance démographique de la ville italienne (fig.2b), celle d’Annaba ne présente pas assez de vigueur pour porter le système urbain de la
phase d’urbanisation à la phase de suburbanisation à peine ébauchée.
C’est une dynamique démographique de faible vigueur, où le recule
précoce de la croissance de la ville centre, n’a pas permis au processus
de métropolisation démographique de s’exprimer, elle reflète plutôt la
politique urbaine algérienne, frileuse vis-à-vis de l’affirmation des
grandes villes (ANAT, 1996).
Les cahiers du CREAD n°102-2012
35
Nous verrons par la suite qu’Annaba a subi les effets d’un paradoxe
qui a mis le gigantisme de l’industrialisation face au déficit de croissance démographique : à la fin de la période de planification dirigée, le
secteur industriel, à lui seul, aurait généré des espaces d’habitat pour
200 000 hab.
8
, quand l’agglomération avec sa couronne était alors estimée à 349 225 hab. à la fin de cette période.
Remis dans le contexte national, ce croît démographique apparaît
en effet comme étant le plus faible comparé à celui des deux autres
métropoles régionales (tab.1).
2. Une urbanisation à l’épreuve du complexe urbanoindustriel
Le complexe urbano–industriel qui fait correspondre au complexe
industriel le complexe résidentiel où l’habitat est planifié pour les travailleurs
9
, apparaît au cours de la période postcoloniale, phase clé pour
la croissance urbaine d’Annaba où elle fut influencée par le modèle
des villes nouvelles socialistes subordonnées à l’industrie, à laquelle
s’est référé le régime.
On retrouve dans les pays à économie de marché ce même principe de
croissance urbaine par l’industrie, qui a, ici le rôle primordial dans la
croissance économique, cette dernière présidant à la croissance
urbaine. Cette articulation a été mise en évidence dans les analyses
8 Calculé seulement sur la base du nombre d’ouvriers du secteur industriel (40 000)
dont le nombre de personnes à charge pour chaque ouvrier a été estimée à cinq.
9 Apparu en URSS le complexe urbano-industriel s’est généralisé aux autres pays
socialistes, mais il se retrouve également dans les pays européens à économie de
marché. Sur cet aspect, se référer au numéro spécial des annales urbaines n°25,
2009, « Histoire urbaine ».
Les cahiers du CREAD n°102-2012
36
économico fonctionnelles prônées par les géographes qui, comme
Harold Carter (1975), ont refusé de se limiter à la démarche descriptive pour s’intéresser aux processus « circulaires cumulatifs » qui
président à la dynamique urbaine. Concrètement, il s’agit d’analyser
en même temps le processus d’industrialisation et celui de l’urbanisation afin de déterminer les interactions dont résulte la transformation
de la ville.
In fine, quel que soit le contexte géopolitique, celui du développement
(la ville socialiste) ou celui de la croissance économique (la ville
capitaliste), les stratégies ont eu en commun d’avoir utilisé pour levier
d’action les industries lourdes. Ces repères nous ont guidé vers l’observation simultanée de l’évolution de l’action d’industrialisation et
celle de l’urbanisation pour saisir les rapports/décalage et leur effet
transformateur sur la ville afin d’appréhender le contexte urbain dans
lequel se renouvèle l’action publique.
3. La ville : un quartier annexée à un grand port sous l’économie coloniale
Utiliser cette étape comme référence pour analyser l’évolution de la
ville d’Annaba est justifié par le fait qu’y a émergé le port minier et de
marchandise qui fut déterminant dans la création du complexe sidérurgique.
Après la conquête d’Annaba, le port minier est réalisé pour exporter
produits agricoles fer et phosphate vers la France. Son enjeu pour
l’économie coloniale est vite ressenti et son agrandissement le porte au
3° rang des ports algériens après Alger et Oran. Cela ne fit pas de cette
ville, la 3
ème
de l’Algérie. La colonisation civile était essentiellement agLes cahiers du CREAD n°102-2012
37
ricole dans cette région et l’intention n’était pas de créer une ville coloniale importante mais d’accompagner le port par une population civile.
Un port motivant pour les banques et sociétés métallurgiques européennes, essentiellement françaises, qui, pour exporter plus de minerais
et produits agricoles de la région de l’Est, voire de l’Algérie entière vers
la France (Tomas F.,1977), investirent dans la création d’ un réseau de
chemins de fer local et interrégional connectant le port aux mines, aux
gares et à la zone industrielle du port, … Ce furent des investissements
sans accumulation de capitaux locaux, les sièges de ces entreprises étant
à Paris.
Mais la prospérité commerciale du port
10
, attire une deuxième catégorie d’investisseurs organisés en coopérative, «l’Union Agricole de
l’Est algérien », qui met en place une industrie locale de la conserverie
puissante et dynamique»
11
et instaure une économie de marché (Tomas
F.,1977). Elle crée des usines hors du port, L’emploi se structure et se
diversifie : la forte spécialisation dans les secteurs de l’industrie et de
l’exportation des matières premières de la fin du 19 ième siècle, recule
face aux fonctions urbaines (tab.1).
Avec cette coopérative, émergent les symboles urbains de la puissance coloniale: ensemble urbain néoclassique du cours Bertagna
(cours de la Révolution) qui accueille banques, théâtre, palais de justice,…et quartiers d’habitat pavillonnaire confèrent à une partie
d’Annaba l’image d’une ville européenne moderne et prospère.
Tableau 1 : Répartition de l’emploi à la fin de la période coloniale
1881 1954
Industrie et mines 50,5% Secteur secondaire 25%
Commerce et transport 29% Commerce Autres 20,5% Activités urbaines 20%
Autre activités 31,9%
Source : Travers L ,1958
10 Qui devient le premier du bassin méditerranéen durant la deuxième moitié du 20
siècle,
11Tabacoop usines de tabac est la première à être créée, viennent ensuite cotocoop
pour le coton, tomacoop pour la tomate, …
Les cahiers du CREAD n°102-2012
38
4. Le premier désajustement entre développement portuaire
et développement urbain
A cette image valorisante, résultat de l’action de la coopérative sur
l’aménagement urbain au profit d’une minorité d’opérateurs économiques, s’est associée celle d’une ville de paradoxes.
Face à la partie bourgeoise de la ville dont l’extension a enjambé
la Médina pour occuper les secteurs Est surplombant la mer, l’extension ouest accueille les faubourgs ouvriers à dominante européenne
où se réalisent, constructions individuelles basses, maisons et immeubles de rapport (Travers L., 1958).
Les extensions précaires, arrivant en dernier, se greffent sur les noyaux ruraux préexistants que rejoint l’habitat ouvrier. Ainsi se constitue la première périphérie de bidonvilles, les brarek qui se substituent à l’habitat ouvrier.
Malgré cette configuration à territorialités multiples et ségrégée, le trait
par lequel Annaba se distingue des autres villes de l’est algérien, dont
Constantine, est celui de contenir les germes d’une industria-lisation
portée par deux secteurs, la transformation des produits agroalimentaires et les mines de fer et de phosphates. C'est sur ces dernières que s'appuie le Plan de Constantine pour envisager le projet de
complexe sidérurgique d’El Hadjar qui devait servir de moteur au développement économique de l’Est algérien et renforcer l’aile gauche de
la capitale, peu industrialisée (Plan de Constantine, 1960).
5. L’incertitude du développement urbano-industriel
La dimension accordée au complexe sidérurgique est bien plus que
régionale. Il génère, dès les débuts de sa mise en fonctionnement, 16 000
à 17000 emplois (selon les sources) qui seront augmentés au fur et à mesure de la réalisation de ses hauts fourneaux, de la création d’un deuxième complexe d’envergure nationale ASMIDAL et d’usines de soustraitance. Annaba s’est ainsi placée en deuxième position après Alger
dans le secteur de l’emploi industriel (tab.2).
Les cahiers du CREAD n°102-2012
39
Tableau2 : Evolution de l’emploi industriel entre 1970 et 1982
dans les principales wilayate industrielles algériennes
Source : Thiery S P., 2012
Au cours de cette décennie, qui est aussi celle du croît démographique "accéléré", l’urbanisation n’a pas connu la vigueur de l’industrialisation comme peuvent le révéler les déficits en logements qu’elle
connaît durant le deuxième plan quadriennal1975–1979, où la demande insatisfaite était évaluée à 30 000 logements et où 60% des demandeurs étaient des ouvriers de l’industrie (Salhi F., 2005).
Nous pouvons ainsi parler d’un désajustement prononcé entre industrialisation et urbanisation. Alors que le tissu industriel suit un
développement linéaire comblant le vide entre le complexe sidérurgique et le port, la ville s’étend en continuité avec le tissu existant où
peu d’équipements structurants ont vu le jour.
A Annaba nous sommes face à la défectuosité du système urbanoindustriel et du dysfonctionnement du processus circulaire cumulatif
où l’effet multiplicateur a joué surtout sur la dimension industrielle
L’urbanisation qui devait l’accompagner s’était très peu manifestée.
Face aux unités de sous-traitances induites par le complexe sidérurgique
12
, l’aménagement urbain a répondu certes, par la création de zo 12 Usines transformant les produits de la SNS en produits-finis: wagons, bétonnières,
charpentes,…
Alger Oran Annaba
Nombre d’emploi
en 1970
96.000 42.000 17.000
Nombre d’emploi
en 1982
110.000 43.000 46.000
Les cahiers du CREAD n°102-2012
40
nes industrielles, mais ont manqué de nouveaux espaces de services et
d’équipements ou de programmes de logements servant d’appui aux
entreprises de production comme l’aurait voulu le modèle «circulaire
cumulatif» ont manqué. À Annaba c’est, essentiellement, la structure
urbaine acquise à la fin de la colonisation qui a servi. La distorsion qui
s’installe alors entre tissu urbain et tissu industriel est telle que, lorsque l’emprise du tissu urbain était environ celle du complexe sidérurgique (800 ha), le tissu industriel, dans sa globalité, qui s’imposait le
long de la RN.16, occupait plus du double de cette superficie (1788
ha).
Face à cette faiblesse de l’urbanisation rejouent les mécanismes
observés pendant la période coloniale. La SNS, «disposant de crédits
massifs» fondatrice du complexe sidérurgique s’est érigée en aménageur ainsi que l’a été la coopérative agricole de l’est algérien. Elle
«crée sa propre division immobilière et réalise 4000 logements»
(Tomas F., 1977) qu’elle destine à ses travailleurs, cadres et ouvriers
qualifiés (Salhi F., 2005). Elle intègre au complexe sidérurgique les
services et équipements nécessaires au fonctionnement de l’usine et
aux besoins sociaux de ses travailleurs (cantine, centre de santé, stade,
etc.) La main d’œuvre non qualifiée devait se contenter des brarek,
générant ainsi une deuxième périphérie de bidonvilles où vivent 20%
de la population de l'agglomération (Royoux, 1984).
Le développement urbain n’est réellement envisagé qu’à partir de
1980 où la politique de l’état, en faveur des infrastructures sociales, de
la mise à niveau de l’urbanisation et de la structuration territoriale, a
sous-tendu les deux plans quinquennaux de cette décennie. Une débidonvillisation énergique est engagée grâce à des financements
multiples
13
. Ne subsistent alors que quelques petits sites isolés, et la
configuration de la forme urbaine s’apparente à celle des villes industrielles où a agi l’urbanisme progressiste, à travers trois traits essentiels :
- la création de l’université sur des emprises cédées par le complexe sidérurgique à partir du modèle du campus ;
- la création des ZHUN d’El Bouni et celle de Sidi Amar, deux cités dortoirs géantes faisant face au tissu industriel, prennent l’allure de
cités ouvrières dans une banlieue industrielle ;
13 Fonds de la CEE, du FNRA, PCD etc.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
41
- dans le même temps apparaissent des fragments, résultat du report de programmes de RHP de l’agglomération d’Annaba vers des sites éloignés (Hdjar Diss, O. Nil, Draa Rich). A travers la délocalisation des installations pour le stockage de carburant de NAFTAL,
suivie par des PME, à l’étroit dans la ville, émerge une zone industrielle de banlieue (Mezighèche D., 2010).
Cependant, durant cette décennie et la décennie 1990, Annaba voit
son pouvoir de commandement sur le littoral nord s’amoindrir sous
l’effet de deux actions conjuguées : les différentes réformes du secteur
industriel d’un côté, la réduction de son territoire de commandement
wilayal d’un autre côté.
Entre restructurations liquidations et fermeture des entreprises
industrielles liées aux réformes économiques, le secteur industriel
d’Annaba voit ses capacités d’emploi se réduire de moitié
14
.
Cependant sa vocation industrielle est maintenue par l’ouverture de
ses deux complexes géants, sidérurgique et de phosphate au capital
étranger et en accueillant des filiales d’entreprises nationales délocalisées. L’industrie traditionnelle et variée y maintient sa fonction de
pôle sidérurgique aussi
15
.
Le découpage administratif de 1984, ampute la wilaya d’Annaba
de 70% de sa superficie, utilisés pour la création de la wilaya d’E
Tarf. Le chef-lieu de celle-ci, acquiert les mêmes fonctions
administratives qu’Annaba qui perd de ce fait le contrôle de la région
d’El Kala, frontalière avec la Tunisie, à vocation éminemment touristique et paysagère. Les territoires communaux d’Annaba et d’El
14 Ce qui correspondait à 25 500 emplois perdus en 2009, selon plusieurs sources
recoupées (Guide économique et Social de l’Algérie, monographie de la wilaya
d’Annaba, etc.).
15FEROVIAL: Construction de matériel et équipement ferroviaire, PROMECH:
fabrication et maintenance, d'équipements de stockage, de charpente métallique et
technologique, d’équipements industriels divers, ENGI: production et distribution
des gaz industriels, BATICIC, TRIFILLEST: fabrication de treillis soudés,
COPRAC :rond à béton lisse , rond à béton à haute adhérence, Cornière, fer plat et
fer carré, ENCC : fabrication des biens d’équipements lourds, PROMETAL :
mobilier métallique, les radiateurs réchauds, les cuisinières et produits métalliques
emboutis, émaillés, L’ENF : fonderie lourde et fonderie acier, BATIMETAL :
ossatures et ouvrages métalliques destinés aux infrastructures collectives et sociales,
PROMETAL : mobilier métallique, radiateurs réchauds, cuisinières et produits
métalliques emboutis, émaillés. (cf. : Algérie. Guide économique et Social / ANEP
édition 1989)
Les cahiers du CREAD n°102-2012
42
Hadjar sont aussi fractionnés pour donner les nouvelles communes où
les ZHUN d’El Bouni et de Sidi Amar sont érigées en agglomérations
chefs-lieux. Les infrastructures que celles-ci acquièrent, dans ce cadre,
ne réussissent pas à diminuer la dépendance d’un centre-ville dont les
services sont peu étoffés. Ce qui met Annaba devant la difficulté de
prendre en charge une périphérie sous équipée.
6. La voie incertaine de la transition vers l’économie de
marché
C’est avec ce handicap qu’Annaba affronte la privatisation de la
décennie 90. Pendant que l’Etat entreprend l’internationalisation des
deux usines géantes, sidérurgique et de phosphate, les collectivités
locales s’engagent dans la promotion des PME/ PMI du secteur privé
(tab.3). Bien que pourvoyeuses d’emploi, ces entreprises,
essentiellement agro-alimentaires, mettent le secteur industriel
d’Annaba face à de nouveaux impératifs comme ceux de satisfaire une
demande en services aux entreprises (Mezighèche D., 2010). Alors
que le bâti libéré par les entreprises publiques dissoutes est en attente
de restructuration, les investisseurs privés s’installent dans les ZI selon
des modalités parfois informelles (Boulahrouz N., 2011).
Le processus urbano-industriel, présenter dans la Figure N°6 relève
d’un paradoxe où la faible teneur de l’urbanisation dénie l’investisseLes cahiers du CREAD n°102-2012
43
ment d’envergure dans l’industrialisation, dont elle est dissociée ; à
l’installation des grandes usines, d’envergure nationale ont répondu de
grandes infrastructures pour les connecter à la capitale et à l’extérieur,
sans rôle structurant à l’échelle locale. Annaba hérite d’un espace industriel considérable doté d’une grande capacité de connexion régionale, nationale et internationale, mais son effet déstructurant se ressent au niveau local.
La dynamique urbaine n’a pas pu s’exprimer; d’une étape à l’autre
le processus à peine entamé se défait. La problématique qui apparaît à
travers le cas d’Annaba est plus celle de la discontinuité de la décision
politique que celle de la validité des modèles dont s’est inspirée l’action urbaine.
Dans ces conditions, de quelle attractivité pour les opérateurs
économiques, Annaba a telle ?
7. Le rôle régional d’Annaba, un mythe ?
Replacées dans le contexte national, les actions de reterritorialisation, ne pouvaient pas être sans impact sur la dynamique du système
urbain algérien où des villes moyennes, voire des petites villes, ont les
mêmes fonctions administratives et de services que les grandes villes,
dont on a voulu limiter la croissance.
Annaba en a été particulièrement affectée; ayant subi le contrecoup
des restructurations territoriales et des entreprises industrielles, elle est
Les cahiers du CREAD n°102-2012
44
distancée par celles qui n’ont pas eu à subir les conséquences des
industries lourdes et où le secteur privé a pu tenir le rôle moteur de la
dynamique urbaine (Spiga S., 2002).
C’est un fait que l’on peut constater au prisme de la répartition par
willaya du nombre d’entreprises, significatives de la fonction économique. En considérant seulement les wilayate dont les chefs-lieux correspondent aux dix premières agglomérations algériennes
16
, Annaba,
qui se maintient à la quatrième position en taille de population, se place au dernier rang par rapport au nombre d’entreprises que sa wilaya a
enregistré en 2010 (fig.7).
Ce classement est corroboré par celui de l’Agence Nationale du
Développement de l’Investissement (ANDI)
17
révélant qu’Annaba
vient en treizième position (Alger exclu) en termes d’attractivité pour
les opérateurs économiques. Les quatre wilayate les plus attractives
après Alger, qui regroupe 12,5 du total des entreprises économiques,
étant:
- Sétif (43.925 personnes physiques et 4.167 personnes morales),
4,7% du total
- Oran (39.309 personnes physiques et 6.353 personnes morales),
4,5% du total;
- Tizi-Ouzou (35.131 personnes physiques et 3.644 personnes morales), 3,8% du total
- Constantine (30.258 personnes physiques et 4.435 personnes morales), 3,4% du total
- Bejaia (30.279 personnes physiques et 2.920 personnes morales),
3,2% du total.
Le recul d’Annaba, face aux centres régionaux qui gagnent du terrain en matière d’opérateurs économiques, peut être observé au prisme des activités portuaires où l’on peut noter que 39% des consignataires sont d’Annaba contre 41% qui sont des autres villes portuaires,
Alger, venant en tête avec 33%, Skikda avec 14%, Oran et Bejaïa se
partageant le reste.
16 Alger et Blida, dont elle influence la dynamique urbaine, ont été exclues du
classement.
17 Voir site : http://www.andi.dz/PDF/STAT20022012/
Les cahiers du CREAD n°102-2012
45
8. Annaba une ville à l’écart de la dynamique ville-port ?
Quel processus de transformation devrait s’engager à Annaba au
regard des stratégies d’attractivité développées par les villes-ports industrialisées de la Méditerranée? La référence au modèle méditerranéen où Barcelone fait école, permet un éclairage sur les dissonances
entre le port, l’industrie et la ville, qui constituent, autant de contraintes à lever dans une stratégie d’attractivité.
On retrouve à Barcelone qui a accompli sa métropolisation
18
, le
processus circulaire cumulatif qui a engendré la métropole littorale de
manière générale, où la dynamique ville-port a connu trois points forts (fig.8a): l’industrialisation, induite par l’activité portuaire, la
désindustrialisation et la délocalisation du port, dont la ville est dissociée qui continue de l’alimenter à distance
19
La « maritimisation » est
un stade d’accomplissement qui permet l’attractivité internationale,
atteint à partir de la réutilisation des friches industrielles et portuaires
dans la réalisation de projets urbains tels que les water front destinés à
améliorer ou à construire l’image de marque donnant à la ville des
polarités qui ne sont plus industrielles : espaces de loisirs, de tourisme
d’affaire, qu’ont adoptés les villes sud- méditerranéennes d’envergure
20
.
18http://www.medcities.org/docs/BCN%20PLAN%20STRATEGIQUE%20MEDCIT
ES-MR.ALFONS%20SEGURA%20URROZ.pdf
19 Pour le Maghrb, voir le projet Tanger Med : http://www.euromedtransport.eu/Fr/imag.php?id=1379/
20 Projet ANFA à Casablanca, projet water front à Alger
Les cahiers du CREAD n°102-2012
46
Au-delà de cette image qui fait rêver bien des villes, on peut constater qu’Annaba s’était engagée dans le modèle de développement de
la ville-port (fig.8b) : le port a donné l’industrie et celle–ci a généré,
toute échelle gardée, des effets multiplicateurs sur les activités industrielles, peu exprimés sur le plan urbain.
Mais, on ne peut inscrire la fermeture des industries dans le processus de désindustrialisation qui a permis d’installer une nouvelle centralité sur les espaces délaissés. Annaba, comme les autres algériennes, est connectée à la mondialisation par l’importation des biens
de consommation (Spiga S., 2002).
Figure 8 : Dynamiques urbaines comparées de la ville-port méditerranéenne
L’approche par la dynamique urbaine apporte un éclairage édifiant
sur le dysfonctionnement du processus de métropolisation annoncé par
l’étape d’industrialisation, appuyé pourtant sur un port qui a maintenu
son envergure nationale. Elle a permis de mettre en surface la faillite
du modèle urbano-industriel, où, à l’urbanisation tardive et peu conséquente, s’est conjuguée l’action publique sur le territoire, conçue à
partir d’une vision d’équité uniformisant, allant à l’encontre de l’émeSpiga s. 2013
Les cahiers du CREAD n°102-2012
47
rgence d’une métropole, le repositionnement d’Annaba dans le système urbain algérien, est alors venu comme un juste retour des choses
après la phase d’industrialisation.
Située dans une perspective plus contemporaine, celle de la dynamique ville-port, Annaba n’a pas encore exploité le potentiel d’attractivité qui lui permettrait d’occuper une place parmi les villes méditerranéennes.
Les nouveaux projets peuvent-ils répondre au défi de métropolisation ?
9. A quels enjeux doivent répondent les projets urbains ?
Quelle est leur consistance ?
C’est donc avec un déficit d’urbanisation accusé qu’Annaba doit
affronter le nouveau défi d’être la quatrième des plus grandes villes :
plus que de tenir le rôle de métropole régionale, elle doit répondre par
l’objectif, indiqué dans la ligne directrice 3 du SNAT 2025, d’être
attractive et compétitive à l’échelle internationale. Mais les projets qui
lui sont destinés ont-ils l’ampleur nécessaire pour combler le déficit
d’urbanisation, lui permettre de franchir ce stade pour acquérir des capacités d’accueil des investissements économiques ?
Pour donner sens à l’ambition de rendre la ville attractive, il est
évident que l’ambition politique, pour cette ville, devrait être revue à
la baisse et que l’action urbaine devrait être dirigée vers le manque à
gagner en ayant en vue les enjeux stratégiques de premier niveau,
parmi lesquels, n’entrent pas en ligne de compte ceux qui sont liés au
port, celui-ci relève d’une problématique qui pourrait venir par la suite. Nous en évoquerons cinq, auxquels nous ont permis d’aboutir des
travaux antérieurs
21
et que reflète, dans une certaine mesure, cette analyse. Ce sont :
1. L’enjeu habitat réside dans la maîtrise de l’habitat précaire, la mise
à niveau des zones résidentielles, le renforcement des programmes
d’amélioration urbaine, l’amélioration de la qualité des services de
proximité, le désenclavement les zones d’habitat reculées, etc.
2. L‘enjeu cohérence de la structure urbaine est celui d’agir sur
l’effet déstructurant, du port, des deux méga projets industriels,
21 D’élaboration du diagnostic territorial de l’agglomération intercommunale (Spiga,
2012), cf. bibliographie.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
48
d’intégrer l’université à l’espace urbain, de rompre avec la mono
centralité.
3. L’enjeu attractivité de l’investissement est celui de créer une synergie entre pôles universitaires et industriels par des superstructures,
d'améliorer l’accessibilité aux pôles d’emploi et de services, de valoriser par des traitements paysagers les atouts naturels, urbanistiques, etc.
4. L’enjeu environnemental qui résiderait dans la maitrise des fortes
nuisances industrielles dans la maîtrise des inondations, etc.
5. L‘enjeu touristique qui serait celui de délocaliser le port à conteneurs pour gagner un front de mer à valoriser dans la centralité
urbaine, d’agir pour la qualité de l’offre de loisirs balnéaires, de
mettre en tourisme le patrimoine architectural et archéologique, de
promouvoir le tourisme vert.
10. Des projets urbains nécessaires mais sans référence aux
enjeux stratégiques
A l’instar des métropoles régionales, Annaba bénéficie, depuis plus
d’une décennie, de projets d’infrastructures et d’équipements que l’on
désigne improprement par projet urbain
22
.
Ce sont ces projets qui se réduisent à des actions sectorielles sur
l’espace (Spiga S., 2012) qui sont ici examinés pour donner un premier aperçu de leur portée au regard des enjeux suscités, trois paramètres combinés peuvent conduire à cela : la nature du projet, son échelle
et sa localisation.
- les projets de première génération, où le renforcement de la fonction universitaire est mis en relief, réalisés ou en cours de réalisation,
occupent une position charnière entre la ville-centre et les agglomérations intercommunales (tab.4) :
- le pôle universitaire d’El-Bouni est le premier à être réalisé mais sur
le modèle du campus universitaire en équipement isolé. Dans son enceinte, une cité universitaire, une antenne postale, la bibliothèque et le
restaurant sont les annexes qui assurent l’autonomie par rapport à l’environnement urbain immédiat.
22 Selon Hayot Alain et Sauvage André, le projet urbain ne se limite pas à une stricte
action sur l’espace, mais il lui incombe également une mission de gestion sociale et
communale. […], la notion de projet urbain suppose l’action conjuguée d’acteurs
multiples (Hayot Alain et Sauvage André, 2000)
Les cahiers du CREAD n°102-2012
49
- le pôle d’équipement « El-Bouni III » (fig. annexe) utilise un vaste
terrain de 190 ha, entre trois entités déconnectées, dont les besoins
sont différents : le pôle universitaire qui nécessite l’installation d’équipements et services de tertiaire supérieur, le pôle habitat qui nécessite
des services et équipements d’accompagnement étoffés, la zone d’habitat de Boukhara sous-intégrée qui nécessite les équipements et services de première nécessité.
Tableau 4 : Projets réalisés ou en cours de réalisation de l’ensemble El Bouni
Envergure du projet Nature du projet Echelle d’action
Equipements polarisants au
moins à l’échelle de la wilaya
Pôle universitaire El Bouni Projet ponctuel centralisé
- C.F.A, Ecole des beaux-arts,
Ecole de musique,
- Direction des anciens
moudjahidine,
- Direction des impôts
Pôle d’équipements
sectoriels (POS El
Bouni III) et
programme PCD
Logements services et
équipements d’accompagnement à l’échelle intercommunale
-Centre administratif PTT, Sureté
urbaine tribunal
-Centre commercial, Centre
multifonctionnel,
- Centre de formation
- Centre culturel, Hôtel, Maison
des jeunes
- Complexe sportif, Parc de
loisirs,
Equipements et services de
proximité
- 03 Ecoles primaires, 02 CEM,
Lycée,
- 02 Polycliniques
- Mosquée,
- Jardin publicSource : POS El Bouni III
Ce pôle où dominent les programmes d’habitat, rassemble cependant des projets multiples qui sont un pas vers la structuration de la
périphérie intercommunale et peuvent doter cet espace d’une identité
urbaine. L’initiative dans ce sens est celle du maître d’œuvre qui a
voulu saisir l’opportunité de la commande du « POS El Bouni III »
pour en faire un espace médiateur à l’échelle inter communale, en réalité, les projets programmés sont de nature à créer des équipements de
proximité dont l’impact ne peut aller au-delà des unités de bâti qui
composent ce secteur (tab.5).
Les cahiers du CREAD n°102-2012
50
Tableau 5 : Types de projets réalisés ou en cours de réalisation
dans le secteur d’El Bouni
Typologies des projets
Nombre de programmes
sectoriel par type de projet
%
Habitat : logements ;
équipements de proximité
+Réseaux
31 52,27
Accessibilité et liaison 4 6.77
Equipement de centralité
secondaire
10 16.94
Equipement de centralité
urbaine
14 23.72
Source : Younes M., 2012
11. Les projets de deuxième génération, investir dans
l’attractivité ?
Les projets de ce début de la décennie 2010 se différencient par
leur nature et les échelles de localisation (tab.6).
Tableau 6 : Les projets futurs d’Annaba
23
Intitulé du projet Objectif Localisation
Pôle urbain Draa Rich Report de croissance d’Annaba.: O. Aneb
AEP Renforcement de l'AEP de Annaba W El-Tarf
Tramway
Renforcement des liaisons Annaba-ElBouni
Annaba-El-Bouni
Nouvelle aérogare Augmenter les capacités de transport
A proximité de
l’aéroport actuel
Nouvelle gare routière Désengorger Annaba
Périphérie ouest
d’Annaba (RN4)
Pont Remplacer le pont Y sous-dimensionné Annaba
Technopôle Promouvoir les T.I.C Annaba
Centre anticancéreux
Prise en charge des malades de la
région
Annaba
Hôtel Sheraton Promouvoir le tourisme d’affaire Centre-ville Annaba
Parc Citadin Promouvoir les loisirs liés au cadre Annaba
Musée Marin
Promotion du tourisme local et
régional
Annaba
Pôle Touristique
Promotion du tourisme local et
régional
-
23 Il s’agit d’une liste non exhaustive
Les cahiers du CREAD n°102-2012
51
Zone Industrielle
Intégrée
Attirer les IDE W. Tarf
Centre d'affaires ELBADR
Renforcement de la centralité
économique
Annaba
Complexe Touristique
Promotion du tourisme local et
régional
zone littorale S. Salem
Village Touristique
Promotion du tourisme local et
régional
zone littorale S. Salem
Source : monographie d’Annaba, wilaya d’Annaba, 2010
12. Les limites du Plan d’Urbanisme, à l’accompagnement
des projets
Une réponse à cette question peut-être esquissée à partir de la révision du PDAU de l’agglomération intercommunale d’Annaba, dont le
parti d’aménagement, que le maître d’œuvre voulait retenir, était de
donner à la structure urbaine d’ensemble la cohérence qui s’impose
ici. Trois contraintes majeures le rendent inopérant (Spiga S, 2012) :
- la divergence de vision avec le maître d’ouvrage, pour qui, le
PDAU révisé est le moyen de formaliser les emprises spatiales des
projets urbains déjà effectuées, et localiser les projets futurs.
- le problème de l’échelle d’intervention : le PDAU est conçu au
niveau intercommunal se limitant aux extensions de la périphérie
d’Annaba, il exclut les projets qui ont investi des espaces localisés à
l’échelle wilayale et inter-wilayale.
- celle du déficit de conception : le PDAU révisé propose une kyrielle de « pôles de développement socio-économiques », auxquels il
veut donner le caractère métropolisant, sans pour autant faire référence aux projets sectoriels déjà programmés (tab.7).
Les projets de l’agglomération intercommunale apparaissent
soumis à deux logiques qui, bien qu’elles ne soient pas
contradictoires, n’ont pas convergé : face à l’intention du maître
d’œuvre d’imprimer l’ima-ge d’une métropole sans référentiel
urbanistique adéquat. l’acteur poli-tique intervient par des actions
volontaires dépourvues d’un support référentiel de planification
spatiale.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
52
Tableau 7 : Deux formulations de projets urbains pour la métropolisation d’Annaba
Projets sectoriels de la wilaya Projets urbains du PDAU
Pôle Urbain Draa Rich
Tamway
Nouvelle aérogare
Technopôle
Centre anticancéreux
Parc citadin
Musée marin
Pôle touristique
Zone industrielle intégrée
Centre d’affaires
complexe touristique
village touristique
Centre du tertiaire supérieur
Pôle de transport intermodal
Pôle technologique
Pôle hospitalo-universitaire
Pôle tertiaire supérieur
Pôle agro-alimentaire
Pôle PME/PMI
technopole
Pôle tertiaire de gros
agropole
Pôle tertiaire périphérique
Source : Monographie de la wilaya 2010, PDAU révisé 2008
13. Quel statut urbain ? Quels leviers d’action, pour quelle
attractivité ?
Des enjeux en déperdition
La grille AFOM, appliquée à l’agglomération intercommunale
(Tab.8),qui combine forces et faiblesses avec les opportunités et les
menaces, nous met en présence d’une ville qui dispose de ressources
locales comportant les ingrédients de la métropolisation, paradoxalement, l’image réfléchie est celle d’une ville qui nécessite une action
soutenue pour résorber son sous et mal développement. Les opportunités de développement, que crée l’état, sont surtout l’occasion de
répondre à la crise de logements, de réaliser la mise à niveau des équipements urbains. A ces opportunités font face des menaces multiples
dont la gestion reste un champ non investi. Aucun projet n’y renvoie.
Au final nous pouvons considérer que les nouveaux projets
mobilisant les investissements de l’Etat essentiellement
24
, n’ont pas
les qualités requises pour répondre aux enjeux en question. Si les forces et les opportunités de développement ne sont pas négligeables, les
faiblesses et les menaces auxquelles l'agglomération est soumise relèvent de tendances lourdes.
24Seul le centre d’affaire et les projets touristiques relèvent de l’investissement privé
Les cahiers du CREAD n°102-2012
53
Tableau8 : Grille d’analyse AFOM de l’agglomération d’Annaba
Forces Faiblesses Opportunités menaces
h a b i t a t - Programmes sectoriels
- Programmes
quinquennaux de
développement
communal
- Qualité des
espaces
d’accompagneme
nt de l’habitat
- Offre de
logements
individuels
- Marché foncier et
immobilier.
- Poches de
pauvreté et
d’habitat précaire
dans la ville
-Programme de
résorption de
la crise de
logement
- Programme
d’amélioratio
n du cadre de
vie.
- Détournement
du logement
social
- Apparition de
l’autopromotio
n informelle
-Proximité des
usines à fortes
nuisances des
espaces d’habitat
C
o h é
r e n c e d e l a s t r u c t u r e u r b a i n e - Nouveaux axes
urbains
- Existence de friches
portuaires, urbaines et
industrielles
- Révision du PDAU
- Nouveaux POS
- Quartiers
périphériques enclavés
- Persistance de la
mono centralité
- Absence d’une
stratégie de réutilisation des friches urbaines industrielles, et portuaires,
- Existence d’un
bâti vétuste conséquent
- Absence de liaisons transversales
- Initiatives
foncières et
immobilières
privées non
accompagnées
- Projets
structurants
- Projet de
tramway
- Projets
urbains pour
développer la
centralité
- Texte de loi
pour
l’intercommu
nalité
- Instruments
de métropolisation
- Perte du rôle
attractif du
centre-ville par
effet de
dégradation du
bâti et
d’engorgement
exacerbé
- Déperdition du
patrimoine bâti
de la ville
centre
- Présence du
port de
containers dans
l’espace central
- Gel de la mise
en œuvre des
outils SCU et
SDAM
Les cahiers du CREAD n°102-2012
54
A
t t r a c t i v i t é
é
c o n o m i q u e - Connexions régionale
et internationale
- Proximité
université/zones
industrielles
- Pépinière d’entreprise
- Rapport entre
recherche
universitaire et
secteur industriel
- Offre foncière et
immobilière
- PME/PMI
traditionnelles
(transformation et
conditionnement
de produits
agricoles,
matériaux de
constructions,…)
- Services aux
entreprises --capacités
d’accueil de
l’infrastructure
urbaine (énergie
électrique, eau)
- Entreprises
industrielles
nationales et
internationales
- Lois de
l’investissem
ent
- Politique de
promotion du
tourisme
- Projet de parc
industriel
- Présence de
risques
industriels à
proximité des
zones
touristiques
projetées,
- Secteurs de
nuisances
industrielles et
infrastructurelle
s intra urbains
- Incrustation
d’entreprises
informelles
dans certaines
zones
industrielle et
d’activités
A
t t r a c t i v i t é
t o u r i s t i q u - Beaux paysages
littoraux et forestiers
- Panorama sur front de
mer valorisé dans la
partie nord de la ville
- Important patrimoine
architectural et
archéologique
- Centre-ville
privé de l’effet
front de mer par le
port de containers
- Offre
d’hébergement
peu significatif
- Tissu industriel
« archaïque » et
polluant donne
image de ville en
retard sur son
époque
- Inexistence
d’écrans verts
réduisant les
effets polluant des
entreprises
-Texte de lois
pour la
promotion du
tourisme
- Instruments
de planification
pour la
valorisation
des
potentialités
touristique.
- Présence du
port de
containers à
proximité du
centre-ville
- Perte de
l’attrait
paysager et
perte d’intérêt
pour les
investisseurs du
tourisme
d’affaire et des
activités High
Tech
Les cahiers du CREAD n°102-2012
55
e E
n v i r o n n e m e n t - Couvert végétal
important
-Diversité des milieux
naturels
- Absence d’une
politique
environnementale
efficiente
- Absence de
stratégie de lutte
efficace contre les
inondations
-Absence
d’aménagements
paysagers
valorisants
-Textes de
lois pour la
protection de
l’environneme
nt - Associations
de protection
de l’environnement actives
- Dommages
élevées liées
aux inondations
surtout pour les
quartiers
défavorisés.
-Destruction du
patrimoine
forestier
-Contamination
des éléments de
l’environnemen
t Source : S. Spiga, 2012
Pour que ces projets deviennent les leviers d’une dynamique urbaine porteuse, les réponses aux questions de cohérence de la structure
urbaine intercommunale, de la levée des fortes nuisances intra urbaines dues aux installations portuaires et industrielles restent essentielles.
Le fait qu’Annaba garde sa position de quatrième grande ville par
sa taille mais qu'elle la perd par ses fonctions administratives et économiques endogènes (dans lesquelles des villes moins grandes du système urbain algérien semblent s’installer plus confortablement)
25
l’apparente à une ville intermédiaire du Monde arabe au sens que lui
accorde Denis Eric
26
.On admettrait de la situer au-dessous de « la métropole régionale stable », ce que justifierait son caractère peu attractif
à l’investissement pour le moment.
Conforter Annaba dans le statut de ville intermédiaire, mais
à quelle échelle ?
Mais on ne saurait se tenir à ces seuls attributs. La référence à la
grille d’identification des villes intermédiaires européennes établie par
Fabien Nadou (2008), qui met la connectivité externe au premier plan,
25 Le renvoi est ici fait aux PME/PMI et non pas aux entreprises nationales héritées de
la période d’industrialisation, dont on ne perçoit pas l’interaction avec la dynamique
urbaine.
27 Agglomérations qui, juste en dessous des capitales d’État et des métropoles
régionales stables dans le temps, relaient l’autorité publique, administrent, encadrent
et/ou polarisent et organisent un système de production régional (qu’il soit industriel
ou agricole) et/ou, encore, structurent des filières financières, commerciales ou de
transformation. (Eric Denis, 2007).
Les cahiers du CREAD n°102-2012
56
montre qu’Annaba présente des indicateurs de cette intermédiarité
27
relativisés, cependant, par les handicaps conséquents d’ordre environnemental urbanistique et de gouvernance qui l’affectent (tab.9).
Tableau 9 : Application des critères d’identification de la ville
intermédiaire à Annaba
28
Critères de
références
Dimension
d'intermédiation
Indicateurs de référence
Leur présence à
Annaba
Connectivité
/accessibilité
Moyen de
communication
à l'échelle nationale
et internationale
Lignes TGV, lignes
aéroportuaires
Un aéroport
Réseau télécom Existante
Autoroute
En voie de
réalisation
Economique et
touristique
Potentialités sous
valorisées
sans compétitivité
économique et
touristique,
Variation taux de création
des activités
Sans appréciation
Part des emplois supérieurs
Faible
Niveau de qualification Faible
Nombre de nuitées Relative
Institutionnel et
politique
Pouvoir
décisionnel,
politique
administratif,
juridique
Administrations
décentralisées
Néant
Et déconcentrées
wilaya, palais de
justices, consulats
Leadership politique Sièges de partis
Social éducation
santé
Faible qualité de
vie mais présence
d'offre de service à
tous les niveaux
Université polycliniques
spécialisées
Importante
Structures
d'accompagnement social
Relatives
Diversité des logements Relative
27 Une ville intermédiaire polarise son territoire en proposant des services divers et
variés. Parmi ceux-ci, on retrouve des fonctions administratives, culturelles, de
santé, d’enseignement et de diffusion de la connaissance, de recherche, etc. Au
niveau économique, elle se doit d’être compétitive et dynamique, mais également de
représenter un poids relatif conséquent dans son environnement régional, et d’être le
siège de lieux de décision. Afin de remplir véritable ment son rôle, son accessibilité
doit être suffisante pour générer et capter des flux, à différentes échelles
territoriales. Sa desserte doit être optimisée grâce à des connexions à des réseaux
variés de transport, mais aussi informationnels (réseaux à haut débit…). Jean-Paul
Carrière, 2008.
28 Ces appréciations, concernant Annaba, sont données à partir des évaluations de
situations retrouvées dans le PAW et les PDAU de l’agglomération intercommunale
et les PDAU communaux.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
57
Culturel loisir et
équipement
Potentiel non
valorisés par une
mise en
complémentarité
avec secteurs
économique et
touristique
Salle de grands spectacles Palais de la culture
Grands équipements sportifs
Deux complexes
sportifs
Equipe sportive dans
championnat national
Une équipe de
football
Environnemental
Faible prise en
compte
du développement
durable
Site de traitement
En cours de
réalisation
Agenda 21 local Néant
Plan climat Néant
Démographique
En perte de la
dynamique
démographique
Solde migratoire Légèrement négatif
% de population ¨<65 -18
ans
Elevé
Variation de la population
dernier recensement
Relativement stable
Source : établi par Spiga S. d’après la grille d’identification des villes intermédiaires, Fadou
F, 2010
Au-delà du recentrement des projets sur le contexte urbain d’Annaba, surgit la question des modalités de l’action publique.
Les grilles d’analyse AFOM (tab.8) et d’identification de la ville
intermédiaire (tab.9), nous semblent assez instructives pour ouvrir la
perspective sur des stratégies d’action qui replaceraient les projets
réalisés et futurs dans une dynamique d’attractivité plus proche de la
réalité locale. Pour qu’ils entrent en résonnance avec les enjeux réels à
ce niveau, l’adoption de la démarche de projet reste à acquérir. Elle
nécessite de mettre en débat la (re) construction d’une démarche de
développement où seront redéfinis rôles et échelles d’action.
Les collectivités locales, jusque-là, effacées de l’action urbaine,
devraient être réhabilitées dans leur rôle et acquérir les compétences
nécessaires pour cela ; c’est à eux que revient la tâche d’initier la dynamique de développement endogène, leur contact avec le territoire
est le moyen sûr d’identifier les forces et les faiblesses à prendre en
charge dans le cadre de projets relevant du PAW et des PCD.
Les projets centralises nécessitent d’être renforcés à condition
qu’ils valorisent le potentiel de la ville et fassent bouclier contre les
menaces dont elle est la proie.
L’articulation entre ces deux niveaux d’intervention pourrait s’envisager autour d’une triangulation où les trois angles d’attaque
seraient (fig.9) :
Les cahiers du CREAD n°102-2012
58
- de consolider les projets par les quels se déploie l’action sociale
(réseaux de transport et de communication, équipements socioculturels) qui devrait s’élargir à l’ensemble intercommunale et investir dans
la qualité.
- de dynamiser, en les articulant, le secteur en dormance du tourisme et le secteur des PME/PMI resté traditionnel.
- la maîtrise est celle des trois points noirs qui entachent l’image
de la ville, autant liés à l’absence d’un référentiel urbanistique et à
l’ingénierie, qu’à la gouvernance Ces actions seraient en quelque sorte
l’antichambre qui ouvrirait sur la question de la métropolisation : doitelle être confortée dans le statut de métropole régionale qu’elle
négocierait avec Constantine? Faut-il en faire un simple appui à cette
dernière?
Si la réponse à cette question implique avant tout les choix politiques, on ne peut par contre, ignorer sa fonction d’échange avec l’extérieur, un atout dont on devra user pour l’adapter à la mondialisation
à condition de redéfinir le rôle des acteurs locaux sur la scène de
l’aménagement urbain.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
59
Conclusion
Initialement dotée des mêmes atouts que les villes portuaires
méditerranéennes, Annaba a, d’une certaine manière, acquis les mécanismes annonciateurs de leur métropolisation. Cependant, le modèle
urbano-industriel, mal assumé, et le désinvestissement qui l’a suivi,
sans action alternative, ont empêché son maintien dans le commandement du réseau urbain de l’est algérien par la fonction industrielle.
Ayant perdu ce rôle et subissant le contre coup du choix industriel
antérieur, elle est freinée dans l’élan vers l’attractivité qu’on veut y
imprimer par les nouveaux projets. Face aux problèmes cruciaux
qu’elle connaît, les projets dont elle bénéficie paraissent bien peu de
chose pour disputer l’attractivité interne aux villes émergentes du système urbain algérien, telles Sétif, Tizi Ouzou ou Bejaïa.
Pour tirer avantage des projets urbains qui, aujourd’hui, s’incrustent dans la stratégie d’aménagement du territoire et les utiliser
comme moteurs du développement urbain souhaité, des actions pour
lever les contraintes multiples à leurs articulations avec le territoire
doivent être engagées.
À l’issu de ce que nous avons exposé, un « arrêt sur image» se révèle nécessaire pour redéfinir l’action urbaine sur l’espace. Cela met
face à la construction d’une stratégie urbaine visant la redistribution
des rôles et la création de passerelles entre les instances sectorielles
qui relayaient les sphères centrales de la décision et les instances locales, ce qui rendra incontournable l’investissement dans l’encadrement
humain pour former de nouvelles compétences et dans la construction
d’un référentiel urbanistique pour accompagner les projets urbains en
cours et les projets à venir.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
60
Réference Bibliographie
Carter H. (1975). La geografia urbana, i teori e metodi, Bologna ed.
Zanichelli, traditGreppi C.
Chaline C, (1980). La dynamique urbaine, Paris ed. PUF, 206 p.
Devillers C, (1994). Le projet urbain - Editions du Pavillon de
l’Arsenal.
Carrière J-P, (2008). « les villes intermédiaires européennes et
l’Europe polycentrique », in Hégémonie de la ville, Réalités
industrielles février 2008, Annales des Mines, p 18-2
http://www.annales.org/ri/2008/ri-fevrier-2008/Carriere.pdf
Denis Eric, (2007). « Les villes intermédiaires dans le monde arabe ».
Cahier du GREMAMO n°19, L'harmattan, pp. 11-54.
Emanuel C, "La citta reticolare. Un'interpretazione geografica dei
microcosmi urbani" in AGEL (a cura di.), l'Italia che cambia. Il
contribuito della geografia. Atti del XXV Congresso Geografico
Italiano, 1989, vol IV.
Hayot Alain & Sauvage André (dir), (2000). Le projet urbain Enjeux, expérimentations et profession, Paris éd. La Villette, 404 p.
Moussi M, (2010). « Trajectoires et transactions des modèles
urbanistiques en Méditerranée ». in Les Cahiers d’EMAM 20
Santos Milton, (1971). "Les métropoles incomplètes: possibilités et
processus de promotion", in Revue de géographie alpine, tome 59 n°4
pp 525-532.
Nadou, F, (2010). «La notion de «villes intermédiaires », une approche différenciée du rôle des villes moyennes : entre structuration territoriale et spécificités socio-économiques ». In Villes petites et moyennes, un regard renouvelé » Colloque 9 et 10 décembre à 2010
Tours,France.http://halshs.archivesouvertes.fr/docs/00/59/62/04/PDF/
Article_Final.pdf.
Salhi F, (2005).Gouvernance, logiques d'acteurs et production du
logement: état des lieux de la ville algérienne, Paris, Publibook, 151,
http://www.sudoc.fr/119220601.
Sanders L, (1993). « Modèles de la dynamique urbaine : une
présentation critique ». In Lepetit B et Pumain D temporalités urbaines, Paris Anthropos.
Spiga S, (2012). "La grande ville algérienne à l’heure des projets urbains. Face à la nécessité de renouveler les pratiques urbanistiques, le
Diagnostic Territorial peut-il être une perspective méthodologique ?" in
Les cahiers du CREAD n°102-2012
61
La ville algérienne, 50 ans après. Bilan & visions d’avenir, colloque
international Alger EPAU, 7 et 8 novembre, 2012.
Spiga S, (2002). « Du nouveau système algérien d'importation aux
nouvelles centralités commerciales dans la ville algérienne » in La fin
des norias ? - Réseaux migrants dans les économies marchande en Méditerranée, Peraldi M. (dir), Maison Neuve et la Rose.
Travers L, (1958). "Bône. La formation de la ville et les facteurs de son
évolution" in Annales de géographie tome 67, n°334 pp. 498-520.
Thiery S P, (2012). 1962-1980: Fort développement du secteur public
productif et crise des formes de régulation.www.cread-dz.org/cinquanteans/Communication_2012/THIERY.pdf
Tomas F, (1977). Annaba et sa région: organisation de l'espace dans
l'extrême-Est algérien ed.Université de Saint-Etienne, - 720 pages
Troin J.F, (2001). Les métropoles des « Sud », Paris, Éd. Ellipses
Thèses et mémoires de l’UBMA
Royoux, D, (1984). Industrialisation et urbanisation périphérique à
Annaba. Bidonville et emploi salarié en Algérie, Thèse de troisième
cycle, Université de Poitiers.
Mezghiche D, (20l0). « La dynamique industrielle dans
l’agglomération de Berrahal », Thèse de magister réalisé sous la
direction de Spiga Sassia à l’Université Badji Mokhtar- Annaba.
Boulahrouz N, (2012). « Les stratégies de mise en place d’un parc
immobilier industriel à Annaba. Etude des cas de la ZAC MIN et de
la zone industrielle El Allalick ». Thèse de magister réalisé sous la
direction de Spiga Sassia à l’Université Badji Mokhtar- Annaba.
Younes M, (2012). « Configuration spatiale et structuration des
espaces périphériques. Le cas de l’agglomération intercommunale
d’Annaba », Thèse de magister réalisé sous la direction de Spiga Sassia
à l’Université Badji Mokhtar- Annaba.
Autres documents
ANAT, (1996). La maîtrise de la croissance urbaine des métropoles.
Cas de Annaba, 94 p. Document interne à la Direction de la Planification et de l’Aménagement du Territoire de la wilaya d’Annaba
Les cahiers du CREAD n°102-2012
62
Groupe 8, (1982), Annaba, restructuration de quartiers ; Bou Hamra,
Béni M'Haffeur, Sidi Brahim, Vieille ville. Document interne à la
direction de l’urbanisme de la wilaya d’Annaba–Sidi Amar– El Hadjar
ONS, (2010). Les répertoires des agents économiques et sociaux.
Volet: personnes morales-situation arrêtée au 31:12/2010.
ONS, (2011). L'armature urbaine. Collections Statistiques
N°163/2011. Série S.
Plan de Constantine, (1960). Rapport Général., Délégation générale
du gouvernement en Algérie. Direction du Plan et des Etudes Economiques. Juin 1960. 503 p.
MATET, (2008). La mise en œuvre du schéma national d’aménagement du territoire (snat) 2025, http://www.fichierpdf.fr/2011/06/23/snat/ snat.pdf.
URBACO–EDE. Rapport méthodologique. SDAAM pour le SDAM
d’Annaba (document interne).
URBAN,(1996). PDAU intercommunal d’Annaba, El Bouni – Sidi
Amar – El Hadjar.
URBAN, (2008). PDAU révisé intercommunal d’Annaba, El Bouni
ACRONYME
ANDI : Agence Nationale de Développement de l’Investissement.
ANAT : Agence Nationale d’Aménagement du Territoire.
CEE : Communauté Economique Européenne.
FNRA : Fonds National de la Révolution Agraire.
EDR : Entreprises et Développement Régional.
MATET : Ministre de l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et du Tourisme.
PDAU : Plan Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme.
PAW : Plan d’Aménagement de Wilaya.
PCD : Plan communal de Développement.
POS : Plan d’Occupation du Sol.
UBMA : Université BADJI Mokhtar –Annaba.
URBACO : Centre d’Etudes et de Réalisations en Urbanisme de
Constantine.
URBAN : Centre d'étude et de réalisation en urbanisme.
SDAAM : Schéma d’Aménagement de l’Aire de Métropolisation.
ZHUN : Zone d’Habitat Urbaine Nouvelle.
Les cahiers du CREAD n°102-2012
63
ANNEXE
Les cahiers du CREAD n°102-2012
64

PDF Document reader online

This website is focused on providing document in readable format, online without need to install any type of software on your computer. If you are using thin client, or are not allowed to install document reader of particular type, this application may come in hand for you. Simply upload your document, and Docureader.top will transform it into readable format in a few seconds. Why choose Docureader.top?

  1. Unlimited sharing - you can upload document of any size. If we are able to convert it into readable format, you have it here - saved for later or immediate reading
  2. Cross-platform - no compromised when reading your document. We support most of modern browers without the need of installing any of external plugins. If your device can oper a browser - then you can read any document on it
  3. Simple uploading - no need to register. Just enter your email, title of document and select the file, we do the rest. Once the document is ready for you, you will receive automatic email from us.

Previous 10

Next 10